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Être dans le transgénérationnel plutôt que de rester dans l’intergénérationneL

Dernière mise à jour : 16 sept.

Parler ainsi de transgénérationnel plutôt que d’intergénérationnel pourrait être une simple coquetterie sémantique ou un coup marketing. Mais non, ce n’est ni l’un ni l’autre. Cela parle avant tout d’une posture d’intégration et de partage entre les âges, au-delà même des aspects générationnels, même si le terme de génération est là, incontournable.




Dans le préfixe « inter », il y a l’idée de séparation, d’espace entre deux éléments, de croisement dans lequel il y a une zone de réciprocité. Lorsque les relations entre générations se passent bien, c’est généralement que tout fonctionne de manière fluide dans cette zone de réciprocité. Et alors, l’intergénérationnel n’est pas un sujet. Par contre, lorsque c’en est un et qu’on est amené à parler d’intergénérationnel, on est plus souvent confronté à des différences au sein desquelles on cherche des points de convergences. Il y a donc plus opposition que reliance et le lien entre les âges est du coup à construire à partir des différences. C’est ce que l’on retrouve beaucoup, ceci dit, dans les textes et études sur les Z, X et BB.


Par contre, dans le préfixe « trans », il y a l’idée de passage entre les éléments, d’un élément à un autre, voire de dépassement. Et donc, dans le cas du transgénérationnel, de passage d’une génération à l’autre. Ainsi, on n’oppose pas, on favorise les liens, les ponts entre les individus d’âges différents pour permettre la compréhension, la cohésion et le vivre et travailler ensemble.


Vous constaterez que je suis passé de la question des générations à celle des différences d’âge. Penser en termes de différences d’âge est, en réalité, nettement plus pertinent que de penser en termes de génération, comme cela nous a été imposé au fil du temps depuis la moitié des années 90.


Les génération X, Y, Z : une construction marketing qui génère des stéréotypes et biais de perception dangereux pour l’aide à la décision

N’oublions pas que le terme génération Y, qui donnera naissance par extension aux générations conservateur, X et Z, a pour la première fois été utilisé le 30 août 1993 dans un article de advertising age, une revue spécialisée dans la publicité de Chicago, qui faisait un portrait-robot d’un jeune consommateur. Il n’y avait strictement rien de sociologique, de psychologique ou autre dedans. Cependant, il est vrai qu’au niveau marketing, c’est très fort. Cela a petit à petit dominé la vision des relations et des évolutions entre les âges ces vingt dernières années, générant moults stéréotypes et biais de perceptions.

Cet « “encasement” des comportements des individus dans des blocs générationnels », comme j’en ai parlé dans l’avant-propos de notre méta-étude Comprendre et agir avec les 16-25 ans, n’a que peu de sens. Il est exact que parler de génération Y et X est beaucoup plus simple et vendeur que de parler de différences d’âge. Alors, auteurs, journalistes, sociologues et autres professionnels se sont, de manière générale, soumis à cette pensée dominante, la critiquant rarement et plutôt rapidement lorsque ça arrivait.


Une inefficacité de l’intergénérationnel ?

Dans le fond, si cela nous permet de mieux vivre ensemble, de facilement faire évoluer nos entreprises, pourquoi pas ! Malheureusement, force est de constater que ce n’est pas le cas. Malgré tout ce qui est écrit et se dit sur le sujet depuis des années, les dirigeants d’entreprise, majoritairement, sont toujours démunis face aux évolutions comportementales de ces jeunes. Comment donc faire évoluer leur entreprise et leurs pratiques dans l’entreprise pour intégrer ces évolutions qu’ils amènent et répondre à leurs besoins et attentes pour attirer une majorité de performants ? De ce que je peux constater, cela reste un casse-tête.


Il est vrai que les contradictions existantes d’une étude à une autre n’aident pas. Hé oui, années après années, des études et ouvrages sur ces générations dans un cadre spécifique (management, consommation, tendances mondiales, recrutement, etc.) sortent, avec très souvent la même logique de comparaison entre les générations, et donc d’opposition entre ces dernières. Cette logique « intergénérationnel » que je dénonce ici et dans laquelle nous ne sommes pas chez FuturGo.


Mais comment cela pourrait-il être autrement alors que ce terme de génération est polysémique et que, dans l’utilisation qu’il en est fait dans la doxa actuelle, il correspond à différents sens.


Une réalité générationnelle multiple

Pour faire simple, dans le terme génération nous pouvons trouver les quatre acceptations suivantes[1] :


En histoire, elle correspond :

  • soit à une cohorte d’individus se rattachant à une période historique déterminée d’environ 30 ans en général, mais qui peut se ramener à une dizaine d’années, quand elle se rapporte aux idées ou aux modes ;

  • soit à la filiation entre parents et enfants.

En sociologie, elle correspond :

  • Soit à un destin collectif, dans un temps plus ou moins long, dans lequel se reconnaissent des individus au travers d’identification à des valeurs, des évènements, des courants intellectuels ou artistiques…

  • Soit à des références collectives, dans une période donnée, qui peuvent être des faits sociaux, des repères culturels…

Des individus peuvent donc appartenir à différentes générations et « au sein d’une même génération, il peut y avoir différentes “unités de génération” qui s’opposent » comme cela nous est dit dans le dictionnaire de sociologie.


C’est à cette réalité que nous sommes confrontés dans ce questionnement générationnel qu’amènent les individus nés après 1990. Une réalité multiple qui fait que, même s’il existe des tendances dans les évolutions comportementales, on ne peut généraliser sur tous les individus appartement aux générations Y ou Z. Et cela d’autant plus que toute génération est finalement subjective et que chaque individu est unique et multiple à la fois. Nous le sommes tous.


Nous avons ainsi non pas ces générations figées dans un « encasement » générateur de stéréotypes et de biais de perception, mais des générations : historiques, familiales, éthiques, musicales, télévisuelles (maintenant), culturelles… sans compter les spécifications générationnelles ethniques... qui cohabitent entre les individus, mais aussi au sein même des individus.


D’où la nécessité de penser « transgénérationnel » plutôt qu’« intergénérationnel ».


Penser trangénérationnel plutôt qu’intergénérationnel

Dans ce mode de pensée, vous n’opposerez pas ces différentes générations existantes, mais vous ferez les ponts qui vous permettront de passer de l’une à l’autre. Vous serez amené à aller au-delà de l’idée de génération pour regarder les différences d’âge et ce qui se passe entre ces dernières au travers de différents facteurs de différentiation. Cela vous permettra de voir comment faire converger ce qui pourra l’être. Et, si vous êtes dirigeants d’entreprise, cela vous permettra d’adapter votre organisation aux réalités de votre entreprise, de votre secteur d’activité et de votre bassin d’emploi.

N’oubliez pas que, chez vos collaborateurs comme dans vos relations, il y aura des unités générationnelles qui s’opposeront et d’autres qui seront communes. Il y a la génération Beatles comme il y a la génération Stones, et pourtant, une partie d’entre eux sont de la même génération 68 ou de la même génération des années 70.


Il existe toujours des ponts

pour rapprocher les individus

et leur permettre de vivre et travailler ensemble.


Les publicistes qui ont involontairement lancé cette vague et les professionnels qui l’ont reprise volontairement l’on fait sans réellement savoir ce qu’ils faisaient. Le coup marketing a marché, c’est un fait, et c’est sans doute ce qui primait. Mais quel gâchis, vous ne trouvez pas ?

[1] Ces différences de sens se retrouvent aussi bien, dans le dictionnaire des sciences humaines, le nouveau vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines (de Morfaux), que dans le dictionnaire de sociologie de l’Encyclopédie Universalis.

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